« Eh Manu, tu traînes !! » Emmanuel l’a bien compris, la route entre par les pieds.
Arrivés des quatre coins de France, nous nous sommes retrouvés à 24, un dimanche après-midi en gare de Messac Guipry (Iles et Vilaine) avec le CNR, le CRN, le RNR de Bretagne et le CG d’Aix en Provence (ou plus simplement Vincent, Monsieur l’abbé, Jean-Marie et Hubert). Après une brève présentation et une rapide interview réalisée à l’impromptu par Ouest-France (qui nous a publié !!), le départ est donné pour le premier bivouac, un château, premier d’une longue série... Les équipes 1, 2, 3 et 4, qui deviendront respectivement les équipes St Louis-Marie Grignon de Montfort, Bienheureux Giorgio Frassarti, St Michel et St Kergonan, font plus ample connaissance pendant ces premiers kilomètres. Parvenus à destination les services sont répartis entre les équipes. L’une est chargée de la liturgie et deux autres du bivouac et de la veillée. La dernière se réserve pour le lendemain !!
Notre REAP (route école des assistants pilotes) peut être présentée sous trois points essentiels :
Tout d’abord la marche et la prière. Nous avons assisté à la messe et parcouru entre 12 et 20 kilomètres chaque jour ce qui nous a permis de vérifier combien est juste la phrase de la prière du routier « l’Eucharistie vrai pain des routiers ». Notre marche consistait en fait à suivre de loin le contour du camp militaire de Coëtquidan soit une bonne centaine de kilomètres. Pendant la première moitié de notre semaine nous avons essentiellement suivi le tracé d’une voie ferrée désaffectée. Cela présente l’avantage d’être le chemin le plus direct mais cependant l’inconvénient est que le paysage ne varie pas beaucoup. Le meilleur moyen de ne pas tomber dans la lassitude ? Prier, chanter, méditer. C’est sur cette partie de notre REAP que nous avons effectué notre journée « désert ». S’il n’est pas évident de rapidement se mettre dans l’ambiance, nous avons tous trouvé que ce moment fut très constructif et nous en sommes revenus heureux. Nos journées étaient également ponctuées par l’heure route. L’heure route, nous l’avons constaté, ne se vit pas partout pareil. Chacun avait ses petites habitudes et rares sont ceux qui y passaient vraiment une heure. C’est un pan de la vie du routier que certains ont redécouverts et qui finalement mérite bien l’heure qu’on lui accorde dusse-t-on y lire pendant ¾ d’heure la parole de Dieu.
Notre formation ne se limitait cependant pas à une marche comme on peut les vivre dans nos clans respectifs. Nous avons aussi bénéficié de nombreuses sessions d’enseignements spi, techniques, moraux ou plus philosophiques dispensées par nos quatre accompagnateurs.
Même si parfois on pouvait ne pas se sentir concerné par certains propos, force est de constater que la semaine nous a tous énormément apporté sur le plan personnel et nous a permis de prendre la réelle mesure de ce que l’on peut attendre d’un ACC et plus largement d’un équipier pilote. Les sujets comme l’affectivité pouvaient sembler être des sujets maintes fois repris mais à chaque fois l’approche était différente de celles que l’on avait pu déjà avoir. De plus le routier de 18 ans ayant le plus souvent besoin de réponses claires et précises les questions étaient très ciblées et les réponses autant que possible l’étaient elles aussi. Cela fait du bien de sortir de ce que la société nous rabâche régulièrement, à savoir des réponses qui n’en sont pas et qui baignent dans le relativisme le plus complet. Il serait trop long de résumer toutes ces sessions, le meilleur moyen d’en profiter consistant à faire soi-même une REAP...
Enfin l’autre aspect majeur de cette semaine concerne le relationnel. La route, outre son côté « formation personnelle », est aussi un moyen privilégié pour témoigner de l’actualité du règne du Christ dans notre monde (cf. le troisième principe).
Ainsi, tout au long de notre marche, avons-nous tenté de servir notre prochain, réflexe qu’il est bon, comme l’a souligné notre maîtrise, de garder en dehors du strict cadre scout (j’imagine ne pas faire une grande révélation mais c’est toutefois ce qui importe le plus pour rendre notre message crédible). C’est dans cet esprit que nous avons organisé une VTF (Veillée Témoignage de Foi) à laquelle nous avons invité des gens du coin ; la VTF, qui se décompose en trois parties, la veillée, la prière et enfin un temps de partage, est le moment privilégié au cours d’une route d’été pour présenter le scoutisme aux populations locales. A ce titre elle se doit d’être bien préparée, ce qui ne manque pas de réjouir les invités mais aussi, croyez-moi, les routiers qui sont fiers de réaliser quelque chose de beau là où souvent on se néglige !
Mais ce qui nous aura peut-être le plus marqué au cours de cette REAP c’est qu’en dépit de nos différences, nous avons appris à nous connaître et que de véritables amitiés sont nées qui, nous l’espérons tous, resteront. En attendant de nous revoir, chacun rapportera chez lui que « ce n’est pas la route qui te fait mais c’est bien toi qui fait la route... »
Geoffroy Civrac