En Route pour l’Aventure


Le départ-routier

La route : importance du caractère et de l'action.

« Des personnalités capables de liberté »

« Le monde attend le passage des Saints,
là où les Saints passent Dieu passe avec eux ;
soyons Saint comme Dieu. »

De retour de Vézelay, vous voilà maintenant regonflés à bloque pour vous lancer sur la route, celle qui vous engage à la suite du Christ, aux yeux du monde. Alors n’hésitez plus, il est temps d’être des Saints.

Il existe une différence fondamentale entre un groupe et une communauté d’hommes.
Le groupe existe autour d’une personne dominante qui fait « vivre » l’ensemble par la crainte, par la dépendance, par la force, rarement par l’intelligence, aux grés de ses envies et de ses aspirations. Les membres du dit groupe sont alors des moutons de panurge qui ont l’impression d’exister parce qu’ils sont reconnus comme appartenant à la bande. Mais en réalité il n’en est rien. Ils sont tout bonnement des pions sans forme, sans ossature. A la moindre difficulté, c’est la dégringolade. Pour cela il suffit de regarder à la sortie des lycées, des facultés, dans les rues et les cités, tout autour de nous ces jeunes qui ont soif mais qui ne trouvent pas la bonne route et se laissent embarquer aux grés des flots.
La communauté d’hommes, elle, existe autour d’un idéal de vie, autour d’un projet, d’une idée, dirigée par un meneur qui cherche avec les autres à faire grandir la raison de leur réunion. Ainsi, chacun en temps qu’être unique participe pleinement à l’œuvre commune et peut donner par sa participation et son engagement personnel toute sa dimension.
A la route, c’est encore mieux ! Car en plus de l’œuvre commune, le meneur s’appelle Jésus-Christ. Il possède une somme intarissable de connaissances, de savoir-faire, de bonnes idées, d’expériences. Marcher avec lui devient d’une facilité déconcertante à partir du moment où l’on n’a pas froid aux yeux. Mais pour faire parti de son équipe ce n’est pas toujours chose aisée. Il recherche des volontaires, des meneurs, des hommes d’actions et de convictions. Alors pour cela, nous devons faire le choix de vivre avec exigence. Comme le disait St Bernard : « Exigence pour soi-même, générosité pour les autres », nous devons tremper nos personnalités, prendre des engagements de formation qui vont nous élever vers le haut et nous rendre chaque jour un peu plus homme. Ne restons pas sur les bords de la route, traçons-la, notre route et marchons. Ne laissons pas le monde nous emboîter le pas, non cela nous conduirait à notre perte, mais au contraire façonnons le monde au Christ. En avant !

Je vous propose donc comme texte de référence pour votre réflexion, un article écrit par le père Thierry Blot, dans le n° 122 de Maîtrises, du mois de juin 2000.

Des hommes et des femmes de caractère

Le scoutisme est porteur d’une méthode pédagogique particulière, originale, en vue de former l’homme de foi, fils de l’Eglise et autant la personne que l’homme social, enseignant ainsi : l’amour de la patrie, le sens de l’honneur, la vraie fidélité, le respect de l’engagement pris et le goût des responsabilités civiques dans le cadre des communautés naturelles. Bref, le scoutisme forme des hommes et des femmes de caractère. Il suffit de relire les textes du départ routier et de l’engagement guide aînée pour être pleinement convaincu : « ... Si jamais la route te manque, fais-la... Rappelle-toi qu’un scout qui n’a pas tout donné n’a rien donné ; un routier scout qui ne sait pas mourir n’est bon à rien. Mais souviens-toi qu’il est parfois tout aussi difficile de vivre, et maintenant, frère, à Dieu vas... » « ... As-tu compris que tu dois commencer par sortir de ta maison et de toi-même, renoncer à ton égoïsme, à ton confort, à ta sécurité et accepter ce qui est difficile ?... As-tu le désir de faire fructifier ce don merveilleux qu’est la vie ? Je veux aider les autres et faire de ma vie une chose simple, belle et droite. »
En guise d’illustration, voici la figure bien connue d’un homme de caractère, Guy de Larigaudie, dit le « Routier légendaire », qui relisait très souvent le texte du départ routier pour s’en imprégner : « Pour moi, la vie est une marche vers Dieu », affirmait-il ; « une marche », ajoutait-il, « qui est à la mesure de l’infini, nous dirions de l’absolu qui habite notre cœur, et cela légitime tous nos rêves. » On peut donc en conclure que, en tant que méthode d’éducation, le scoutisme forme, pour le service de l’Eglise et de la cité, un type d’hommes et de femmes certes nullement uniforme ou monolithique mais, toutefois, identifiable à partir de l’appartenance à une même Communauté d’hommes, ou à un même Feu de guides aînées, avec comme références communes : les principes, la loi scoute et la Promesse.

Des hommes et des femmes d’action

La loi scoute incite à l’action dans un double mouvement indissociable et complémentaire bien exprimé par le 3ème principe : « Le scout et la guide travaillent à établir le Règne du Christ :

  • Dans toute leur vie
  • Dans le monde qui les entoure

2L’unité de vie2

L’unité de vie correspond à la première partie du troisième principe : travailler à établir le Règne du Christ dans toute sa vie, Baden Powell écrit dans Eclaireurs : « un scout est actif en faisant le bien, et non passif en étant bon » ; et aussi dans le livre des chefs : « la loi scoute est faite de façon à constituer un guide pour les actions du garçon, et non un système de sanctions pour ses erreurs ». La loi scoute constitue bien l’idéal commun, comme l’affirmait lui-même le Saint Père aux Guides et Scouts d’Europe lors de l’Eurojam de 1994 : « la loi scoute est votre idéal de sainteté. Elle vous appelle à développer les valeurs humaines fondamentales : l’honnêteté, la loyauté, le sens du devoir bien fait, l’amour de la nature et le service du prochain ». Cet idéal de sainteté est exprimé dans chacun des dix articles de la loi scoute, à savoir : la confiance, la loyauté, l’esprit de service, l’amitié et la fraternité, la courtoisie et l’esprit chevaleresque, la générosité, la capacité de s’émerveiller face à la création et donc de la protéger, la joie en toutes circonstances et la maîtrise de soi, le respect des biens et la pureté. Cet idéal est intériorisé, non pas d’abord à partir d’une démarche contemplative, mais à travers l’action : il s’agit de la fameuse bonne action, qui est déclinée différemment selon les branches et donc les tranches d’ages : ainsi, cela va du service gratuit quotidien de l’éclaireur ou de la guide jusqu’à l’engagement pilote... Ce moyen pédagogique, qui privilégie l’action, a pour but de développer l’esprit de service, c’est à dire l’amour désintéressé du prochain pour l’amour de Dieu, que l’on appelle aussi la charité : en effet, la bonne habitude de rendre chaque jour au moins une fois un service à quelqu’un développe le véritable amour oblatif, le don de soi gratuit, source de vraie joie, et cette bonne habitude aboutit, chez le routier au choix d’un service précis, qui l’aide, en se connaissant mieux face à Dieu et aux autres, à réaliser son unité de vie. Il découvre alors sa vocation au sens large de ce terme, en privilégiant cet aspect de don de soi qui est inhérent à cette réalité : la vocation au mariage, c’est à dire le don de soi sans partage à une épouse, et, bien sûr la vocation à la vie consacrée, dont le germe, pour se développer, trouve un terrain favorable dans l’âme du scout, d’où le nombre très important de séminaristes et de religieuses issus des Guides et Scouts d’Europe.

2La mission2

« Le scout travaille à établir le Règne du Christ... dans le monde qui l’entoure », dit la deuxième partie du troisième principe. De fait la pédagogie scoute, qui est une pédagogie de l’action, est ordonnée à la mission. En d’autres termes, le garçon ou la fille, qui, par le moyen du scoutisme construisent leur personnalité propre en réalisant leur unité de vie, découvrent en même temps qu’ils sont appelés à porter le trésor de la foi au monde qui les entoure. Voici deux exemples de scoutisme missionnaire chers aux Guides et Scouts d’Europe :

    1. « Construire une Europe unie et fraternelle » (deuxième principe et dernier couplet de la Promesse), ce qui n’exclut pas bien évidemment, mais au contraire inclut la fidélité à sa propre patrie. Cette conception chrétienne d’une unité européenne, fondée sur des valeurs spirituelles et respectueuses des peuples qui la composent, est bien exprimée dans la récente homélie prononcée par Monseigneur PIKUS, évêque auxiliaire de VARSOVIE, durant la messe qu’il célébra lors du dernier Conseil fédéral de novembre dernier : « l’Eglise lance un avertissement devant la vision de l’Europe réduite seulement aux aspects économiques, politiques, et devant une relation sans critique vis-à-vis du modèle de la vie de consommation. Nous devrions bâtir la nouvelle unité de l’Europe, si l’on veut qu’elle soit durable, sur ces valeurs spirituelles qui l’ont autrefois créée, en tenant compte de la richesse et des différentes cultures et traditions des peuples respectifs. Car il faut que ce soit une grande communauté spirituelle européenne ». Dans ce domaine, le champ d’apostolat est effectivement immense : « l’Eglise », dit le Saint-Père dans une allocution aux évêques européens en 1982, « pour répondre à sa mission d’aujourd’hui en Europe, doit avoir conscience que loin d’être étrangère à l’homme européen, elle porte au contraire en elle-même les remèdes aux difficultés et l’espérance du lendemain ». Quels sont ces remèdes ? Pour « révéler l’Europe à elle-même, montrer et rendre à l’Europe son âme et son identité » (Jean-Paul II dans ce même discours aux évêques européens), les guides et scouts d’Europe veulent participer à la nouvelle évangélisation du continent européen qui comporte, à partir des enseignements pontificaux : la sanctification par l’obéissance et la vérité, dont le pape nous entretient dans Véritatis Spendor : « cette splendeur de la vérité qui se reflète dans les œuvres de Créateur, spécialement dans l’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu », le respect de la personne humaine et, donc du mariage et de la famille, source de droit qui passe avant l’Etat, de l’enfant, sujet de droit dès sa conception (Evangelium Vitae), de la dignité de la femme, à la fois égale, différente et complémentaire de l’homme (Mulieris Dignitatem) (d’où l’existence spécifique d’un guidisme), l’importance du travail humain, qui n’est pas qu’une source de profits, mais contribue à ennoblir la nature humaine (Laborem Exercens) (d’où la pédagogie des installations qui enseigne le sens de l’effort par le travail manuel, ainsi que le respect dû à la nature).
    2. L’opération Grand Large en direction de tous les jeunes, en particulier les plus défavorisés. Il s’agit de revenir à la source du scoutisme, à cette institution première de Baden Powell, qui le conduisit à organiser le premier camp de Brownsea. Le Père Forestier l’a bien exprimée dans son ouvrage Scoutisme Missionnaire : « le scoutisme utilise, certes au départ, l’instinct de bande des jeunes adolescents mais cherche, par le jeu de la responsabilité, des personnalités capables de liberté ». Dans les mini-camps Kim, ce sont des personnes et non des individus qui sont accueillis. Le camp réalise l’ébauche d’une communauté de vie qui vise à montrer à des adolescents qu’ils sont utiles à leur cité ou leur village... Certes, la vie de prière irrigue ces camps et spécialement, la sainte Eucharistie nourrit les âmes des chefs qui les encadrent et celles des jeunes volontaires qui veulent s’y associer ; comme le dit le Saint-Père, dans un texte de 1980, adressé aux religieux contemplatifs : peut-être qu’aujourd’hui les théologiens, les discours sur Dieu ne suffisent plus... Il faut des existences qui clament silencieusement la primauté de Dieu. Nul doute que cette dimension de l’adoration, dans la prière, puisse toucher l’homme.

Père BLOT.

« Contentez-vous de prier et de rester fidèles dans votre cœur. Dieu se chargera du reste. » « Non pas, bonnes gens ! Il faut encore quelque chose de plus : peser de toutes nos forces sur les destinées temporelles de notre pays. Il faut se battre. Il faut descendre dans la rue. Quand donc l’élite comprendra-t-elle la nécessaire alliance du spirituel et du temporel ? Verrons-nous jamais la naissance d’un christianisme fort et viril, capable par surcroît d’éteindre les foyers de dissension entre catholiques qui nous dégradent et nous affaiblissent ? »

Dom Gérard, Abbé du Barroux.

Gardons notre vêtement blanc, parure de notre baptême, en état de service car le monde a besoin de nous. Bon courage.

Ultreïa.


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