L’engagement scout d’un adulte se fait parfois en accompagnant la démarche de ses propres enfants, ou encore pour servir la structure dans laquelle ils progressent déjà. Le mien est né à la suite d’un départ routier.
J’avais déjà assisté à plusieurs engagements route : le texte est beau, la démarche a du sens, avec cette pointe de défi dans les mots et le ton qui en appelle aux garçons et les fait rêver d’absolu.
Et puis voilà qu’en ce beau soir de juin 2003 chaque phrase entendue et pourtant déjà sue prenait un écho très différent.
« As-tu songé que pour avoir accès à la route, il faut commencer par sortir de ta maison et de toi-même, renoncer à ton égoïsme, à ton confort, à ta sécurité, rechercher ce qui est difficile et vouloir vivre rudement ? »
Oui, comme père de famille j’ai aussi ressenti la nécessité de sortir de mon petit univers. Je n’y suis pas toujours parvenu, mais j’avais la claire certitude qu’il fallait renoncer à des priorités nourries dans mes rêves, à prendre des risques professionnels ou financiers pour donner un cadre de vie à mes proches, à me servir après que chacun ait obtenu son dû.
« Veux-tu demeurer viril et sobre, n’être esclave ni de tes caprices, ni des modes, ni des erreurs du jour, et garder toute ta vie une âme de pauvre ? »
Oui, comme époux, collaborateur ou animateur, j’ai aussi ressenti la nécessité de prendre du recul par rapport à moi-même. Il y a toujours du chemin à faire mais être au milieu des autres c’est aussi avoir la certitude que Jésus est l’un d’eux et que je dois les accueillir, les écouter, les côtoyer comme Lui-même.
« As-tu compris, par notre amour de la nature et du camp, qu’un routier scout ne saurait s’accommoder d’un monde truqué où les tricheurs sont rois ? Promets-tu de conformer tes actes et tes pensées aux exigences du réel ? »
Oui, comme adulte j’ai aussi éprouvé à quel point il était facile de s’enfermer dans l’illusion du rêve ou du paraître, pour soi et pour les autres, et à quel point il était douloureux ensuite d’en sortir.
Alors si toi, routier, tu as conscience que tout acte compte et engage, si tu consens à ne plus appartenir à toi mais aux autres, à être considéré comme étant toujours de service, je te le dis : ce qui t’a été décrit devant tous est aussi mon défi. Bien plus : il est aussi mon lot, l’incontournable route d’un adulte, la condition de toute vie dont le règne du Christ est le but, un objectif obligatoire mais toujours à atteindre, à cause duquel on ne peut jamais être satisfait de soi-même, ni se considérer comme arrivé.
Alors en ayant à l’esprit cette redoutable question du jeune homme riche à Jésus : « Maître que dois-je faire ? », si la progression de chaque jeune par le scoutisme c’est de tendre à devenir un routier-scout ; alors oui : pourquoi ne pas se mettre à son service et faire un peu de chemin avec lui ? A lui faire prendre conscience de cette réalité : qu’un routier scout, qu’un homme, qui n’a pas tout donné, n’a rien donné ; qu’un routier scout, qu’un homme, qui ne sait pas mourir n’est bon à rien... en sachant qu’il est tout aussi difficile de vivre le banal quotidien.