En Route pour l’Aventure


Témoignages

Être parrain !

par Gilles Chaland

Jérôme : Peux tu nous dire, Gilles, en quelques mots qui tu es ?

Gilles Chaland
Gilles Chaland

Gilles : Ce n’est pas très important... je vais passer pour un dinosaure. En quelques mots, je suis scout depuis l’age de 10 ans, scout d’Europe depuis 1967. J’ai servi à divers échelons du Mouvement, de chef de troupe à commissaire général. Ce qui m’a le plus marqué est d’avoir pu vivre la naissance de la route FSE... Je suis RS depuis 1976, ai vécu les premiers Vézelay... etc...

J : et aujourd’hui ?

G : par certains cotés je suis un « retraité du Mouvement », puisque je n’y suis plus directement actif, mais par d’autres j’y suis complètement plongé, puisque je me suis passionné par la tranche d’âge « du pilote au RS ».

J : qu’y fais tu ?

G : c’est bien simple : je suis un parrain.

J : un parrain pilote ?

G : oui, parrain pilote, puis RS, ou parrain pilote tout court, ou parrain RS tout court. J’ai choisi de consacrer une bonne partie de mes loisirs à ce service (soit environ 2 à 3 soirées par semaine)

J : pourquoi ? comment cela t’est-il venu ?

G : j’avais déjà été parrain RS dans le passé... à cette époque (comme disent les vieux), le parrainage pilote n’existait pas... Et un jour, il y a 6 ou 7 ans, alors que mon fils était lui-même pilote, un de ses amis m’accroche et me dit : « je cherche un parrain pilote, accepteriez vous d’être le mien ? »... il me vouvoyait à l’époque... j’ai été un peu surpris et ai dit oui.

J : et il y en a eu d’autres je suppose ?

G : certes. C’est mon agenda qui me limite.

J : que fais tu ?

G : d’abord il faut bien cadrer les choses. Si un garçon accepte de rencontrer un aîné, ce doit être librement. Ce doit être aussi amicalement : il se créera obligatoirement un lien de « connivence et d’exigence » entre les deux personnes. Enfin il ne faut pas que l’un ou l’autre perde son temps : on va essayer de cheminer ensemble dans la transparence... et nos entretiens auront un caractère de confidentialité.

J : tu as dit « librement »...

G : oui, c’est évident. Si le garçon vient me voir par devoir ou par contrainte, c’est perdu d’avance .Je le lui dis dès la première rencontre : il pourra interrompre quand il le voudra, je ne lui en voudrai pas...

J : ça t’est arrivé ?

G : oui, deux fois. Dans le premier cas après 2 ou 3 rencontres, ça n’accrochait pas, il m’a dit qu’il ne reviendrait pas... dans l’autre cas, c’est moi qui ai interrompu, pourtant après une longue période, parce que nos discussions devenaient stériles...

J : pourquoi dis tu « connivence et exigence » ?

G : ça c’est tout un programme. Tu comprends, je ne suis pas un saint, un maître ou je ne sais quel gourou... Je suis un homme qui a fait le choix d’être RS et essaie de vivre l’exigence de cet engagement... mais tu vas vite saisir que, pour le garçon de 17 ans qui me rencontre, ces belles images ne veulent pas dire grand chose. Il va donc falloir que s’établisse un climat de confiance et d’amitié, et que le garçon réalise que je suis aussi comme lui, sujet à tentation, à mes faiblesses, à des doutes... et que j’essaie de mettre des garde-fous, des repères, pour baliser ma vie d’homme. Mon seul « avantage » par rapport à lui : je suis plus âgé, j’ai plus vécu... c’est tout. Il va peu à peu réaliser qu’il est le véritable acteur de sa vie, qu’il peut et doit faire des choix. Mais ce n’est pas spontané. Pour que je puisse lui être utile, il faudra qu’une amitié (qui est connivence ET exigence) existe entre nous. Soyons cependant réaliste : il y aura au bout du compte des amitiés plus ou moins fortes en fonction des individus... car l’amitié ne se force pas... mais les liens sont forts.

J : mais tu parles de « perte de temps » : on n’est pas là pour faire de la rentabilité ?

G : non bien sûr... mais le temps est tout de même précieux. Quand je rencontre un garçon, il arrive chez moi à 20 heures, on dîne en famille, et vers 21 heures on se retrouve en tête à tête jusqu’à environ 23 heures... ce n’est pas gratuit, ni pour le parrain ni pour le pilote... Il faut donc nécessairement que l’un ou l’autre, l’un et l’autre, ait le sentiment que l’entretien (mensuel) serve à quelque chose. Cela veut dire entre autres que l’on ne va pas « jouer un rôle »... Il faut être vrai, transparent à l’autre. Ce n’est pas toujours facile. Il faut accepter des deux cotés, la remise en question par l’autre, même si ce n’est pas agréable... Il faut être concret, entrer dans la vie de chaque jour, entrer dans la personne entière, aborder son âme, son corps, son intelligence. Et cela pour le parrain, avec bonté, délicatesse, respect... Il faut permettre au pilote de faire des choix de vie qui seront les siens...

J : et ils reviennent ?

G : oui. Je réponds oui avec humilité. Il ne s’agit pas pour moi de réussir, de réussite au sens habituel, ce que je retrouve dans ma vie professionnelle par exemple. Chaque fois que je demande au garçon si on prend une date pour une prochaine rencontre, son oui est une invitation à aller plus loin , plus haut... et le soir je prie pour lui, comme chaque soir je prie pour chacun d’eux individuellement... J’offre au Seigneur...

J : et ça dure combien de temps ?

G : c’est variable, car c’est un cheminement personnel. Le clan les prépare en deux ans à se lancer dans un service... Mon rôle s’arrête à la longue piste, en théorie. Je dis en théorie, car souvent le garçon souhaite que l’on continue à se voir... d’abord par amitié, mais aussi parce qu’il a conscience qu’il n’est pas encore « fini », que sa vie avance avec d’autres choix importants... alors on peut envisager un autre morceau de route ensemble, qui peut conduire au départ-routier (qui , lui ne se prend pas avant 22 ans, donc on a du temps...)

J : tu peux donner quelques thèmes abordés ?

G : c’est facile : tout l’homme et toute sa vie. Par exemple : le travail, les parents, les loisirs, les lectures, les amis, les amies, la sexualité, la prière, la foi, l’engagement, l’effort, le corps, la maîtrise de soi, la pureté, le carême, l’âme, les agressions, l’information, les chefs, les patrons, les sacrements, la femme, le respect, le sens du devoir, les talents... etc...

J : peux tu dire comment tu suscites tes filleuls ?

G : ça c’est une vraie difficulté. Pas trop pour moi, mais pour eux... Il n’est en effet pas évident pour un garçon de 17 ans d’aborder un RS et lui dire spontanément : « veux tu être mon parrain », surtout s’il ne le connaît pas beaucoup, s’il n’a pas été son chef... etc....De plus, les RS ne sont pas très nombreux, le chef de clan ne peut pas parrainer tous ses garçons, et les occasions sont rares de rencontrer des aînés, en service ou non... J’ai pour ma part utilisé la méthode du « qui n’ose rien n’a rien » : je prends ma plume et écris une lettre à un garçon aperçu auparavant dans une fête de groupe, une activité inter-maîtrise, une sortie de troupe... et lui dis : « tu viens d’enter à l’équipe pilote... on va te demander de choisir un parrain... si tu le veux je suis ton homme », le tout enveloppé dans un discours plus précis... et j’attends. Eh bien à quelques rares exceptions la réponse arrive par lettre, téléphone ou mail, du genre : « merci d’avoir pensé à moi, j’arrive... » !!!

J : et l’aventure commence ?

G : oui, avec la grâce de Dieu.

J : un mot pour finir ?

G : mon expérience me montre :
- que le jeune est plus que jamais seul
- que là où l’on dit que la communication existe plus que jamais, il n’y a pas de communication, il n’y a pas de dialogue
- que dans le monde dans lequel le « malin » travaille toujours plus, le jeune est démuni, et que s’il chute personne ne lui tend la main...
- que les milieux que l’on disait privilégiés ou protégés n’existent pas ou plus !
- mais que l’Esprit souffle, le Seigneur parle... puissions nous, nous, parrains, être l’instrument...

J : merci, Gilles.


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